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CHAPITRE 6 / 8 11 min de lecture Pratique

Le registre
des modèles IA.

Si on vous pose la question dans 6 mois : « Quels systèmes IA utilisez-vous, comment, depuis quand ? »

Vous devez pouvoir répondre en 5 minutes, fichier en main. C'est exactement le rôle du registre. Ce chapitre vous donne le template prêt à l'emploi, les 12 champs essentiels et la routine de mise à jour pour ne pas en faire un cauchemar.

1. Pourquoi tenir un registre ?

Le règlement IA Act impose la documentation à plusieurs endroits. Pour les déployeurs (vous, dans la majorité des cas), la documentation prend la forme d'un registre interne qui peut prendre différents formats selon votre situation.

Trois raisons concrètes de tenir un registre :

  1. Conformité légale. Pour les systèmes haut risque (Annexe III), c'est obligatoire (article 26, paragraphe 6 du règlement). Pour les autres niveaux, c'est fortement recommandé pour démontrer votre bonne foi en cas de contrôle.
  2. Pression commerciale B2B. Vos clients grands comptes vont vous demander, dans leurs appels d'offres dès 2026, la liste des systèmes IA que vous utilisez. Avoir le registre prêt vous évite des semaines de recherche pour répondre.
  3. Outil de pilotage interne. Au-delà de la conformité, le registre vous donne une vision globale : qui utilise quoi, depuis quand, pour quoi. C'est précieux pour réduire les coûts (deux outils IA qui font la même chose), pour la sécurité (un outil obsolète ou non maintenu), et pour la formation des équipes.

2. Les 12 champs essentiels du registre

Voici les 12 colonnes (ou champs si vous préférez Notion/Airtable) que doit contenir un registre minimal robuste. Vous pouvez en ajouter d'autres selon votre activité.

# Champ Description
1Nom du systèmeChatGPT, Claude, le chatbot Crisp avec IA, l'outil SaaS X qui intègre une IA...
2FournisseurOpenAI, Anthropic, Google, votre éditeur SaaS, etc.
3Version / modèleGPT-4o, Claude Sonnet 4, Gemini 1.5 Pro, etc.
4Cas d'usageDescription courte : "Rédaction emails clients", "Tri CV", "Chatbot site web"
5Classe de risqueInacceptable / Élevé / Limité / Minimal (cf. chapitre 2)
6Rôle AzenFlowDéployeur (le plus souvent) ou Fournisseur
7Données traitéesQuel type de données passe dans l'outil (anonymes, pseudonymisées, personnelles, sensibles)
8Date de mise en serviceQuand vous avez commencé à l'utiliser dans l'entreprise
9Responsable interneQui supervise cet usage dans l'entreprise (nom, fonction)
10Mention IA appliquée ?Oui / Non / Partielle. Où ? (CGV, signature email, chatbot...)
11Doc fournisseurLien ou référence vers la documentation de conformité du fournisseur (article 13, à demander)
12Dernière revueDate de la dernière vérification que tout est encore correct

Pour un système haut risque, ajoutez 4 champs supplémentaires : (13) audit de biais réalisé, (14) supervision humaine décrite, (15) information des personnes concernées, (16) plan de gestion des risques.

3. Quel format choisir ?

Le règlement n'impose pas de format. Vous avez 4 options pratiques selon votre maturité digitale :

Option 1 : Fichier Excel ou Google Sheets

Le plus simple, recommandé pour 80 % des PME. Une ligne par système, les 12 colonnes, un onglet par année. Avantage : tout le monde sait l'utiliser, pas de coût. Inconvénient : pas d'historique automatique des modifications.

Option 2 : Base Notion ou Airtable

Idéal si vous utilisez déjà Notion ou Airtable. Une base de données avec les 12 champs, des vues filtrées (par classe de risque, par responsable, par date). Avantage : historique des modifications, vues collaboratives. Inconvénient : un peu plus long à mettre en place.

Option 3 : Outil dédié IA Act

Pour les PME qui ont des dizaines de systèmes IA ou un haut risque marqué. Plusieurs SaaS spécialisés sont apparus en 2025-2026 (Naaia, Grace, etc.). Avantage : workflows complets, audits intégrés. Inconvénient : 100 à 500 €/mois, surdimensionné pour une PME en risque limité.

Option 4 : Génération automatique avec n8n auto-hébergé ⭐

Notre recommandation pour les TPE et PME qui utilisent n8n. Si vos automatisations IA tournent dans n8n auto-hébergé, le registre peut être généré automatiquement à partir des workflows. Voir le chapitre 7 pour le détail. C'est l'option la plus puissante et la plus économique.

4. Template Excel prêt à l'emploi

Voici le template complet pour démarrer votre registre. Copiez-collez ces colonnes dans un Google Sheets ou un Excel.

5. Exemple concret rempli (PME 12 personnes)

Voici à quoi ressemble un registre rempli pour une PME française type. Vous pouvez vous inspirer directement.

SystèmeFournisseurCas usageRisqueDonnéesMention IA
ChatGPT PlusOpenAIRédaction emails commerciauxLimitéAnonymesSignature email
Claude ProAnthropicBrouillons articles blogLimitéAnonymesMention bas d'article
Crisp ChatbotCrisp + OpenAISupport client niveau 1LimitéPseudonymiséesMessage d'accueil "Assistant IA"
Pennylane (mini-IA)PennylaneCatégorisation pièces comptaMinimalPseudonymiséesN/A
AntidoteDruide informatiqueCorrection grammaticaleMinimalAnonymesN/A
MidjourneyMidjourney Inc.Visuels marketingLimitéAnonymesAlt text "Image IA"

Cette PME a 6 systèmes IA identifiés, tous en risque limité ou minimal, conformes après quelques mises à jour de signatures et de mentions. Effort total : 1 demi-journée pour cartographier + 1 jour pour mettre les mentions en place. Total = 1 jour et demi.

6. Lien avec le registre RGPD

Si vous traitez des données personnelles, vous avez déjà un registre des activités de traitement imposé par l'article 30 du RGPD. Bonne nouvelle : les deux registres sont complémentaires, pas redondants.

Pour gagner du temps, vous pouvez :

  • Référencer croisé. Dans le registre RGPD, ajoutez une colonne "Système IA impliqué" qui pointe vers votre registre IA Act. Et dans le registre IA Act, ajoutez une colonne "Traitement RGPD lié" si applicable.
  • Outil unique. Si vous utilisez Notion/Airtable, créez deux bases liées qui se référencent automatiquement.
  • Champ "Données traitées". Ce champ est commun aux deux logiques, ne le dupliquez pas.

Important : ne fusionnez pas les deux registres en un seul. Ils répondent à des questions différentes (RGPD = "comment vous protégez les données personnelles", IA Act = "comment vous utilisez l'IA de manière responsable"). Garder deux registres distincts mais croisés est plus clair.

7. Routine de mise à jour

Un registre n'a de valeur que s'il est à jour. Voici la routine recommandée pour ne pas en faire un fardeau.

8. Qui doit y avoir accès ?

Le registre est un document interne. Vous n'avez pas besoin de le publier. Mais voici qui devrait y avoir accès :

  • Le dirigeant et la direction. Vue d'ensemble des risques.
  • Le DPO (si désigné). Lien avec le RGPD.
  • Le responsable IT/digital. Vue technique.
  • Le responsable conformité (si poste).
  • Les autorités, sur demande. En cas de contrôle CNIL ou AI Office, vous devez pouvoir le présenter dans des délais raisonnables (typiquement 8 à 30 jours selon la gravité).

Pas besoin de le rendre public sur votre site web. C'est un document de travail interne, pas une publication marketing.

9. Erreurs fréquentes à éviter

Erreur 1 : "On le fera plus tard, quand on aura le temps"

Plus vous attendez, plus la cartographie initiale est longue. Si votre PME a 30 usages IA dispersés sans documentation, retracer tout ça prendra des semaines. Démarrez maintenant, même imparfait. Un registre à 60 % est mieux que pas de registre du tout.

Erreur 2 : Vouloir lister tous les sous-cas d'usage

Ne créez pas une ligne par cas d'usage de ChatGPT (rédiger un email, résumer un texte, brainstormer...). Une ligne par système avec un champ "Cas d'usage" qui décrit en quelques mots les usages principaux. Sinon le registre devient ingérable.

Erreur 3 : Oublier de mettre à jour quand un usage est arrêté

Si vous arrêtez d'utiliser un outil, marquez-le comme "Retiré" avec une date dans le registre, ne le supprimez pas. C'est important pour l'historique en cas de contrôle.

Erreur 4 : Confondre registre et politique IA

Le registre est la liste des outils. La politique IA est le document qui dit "comment l'entreprise gère ses usages IA" (qui peut utiliser quoi, avec quelles données, avec quelle approbation). Ce sont deux documents complémentaires. Pour une TPE de 5 personnes, une page de politique suffit. Pour une PME de 30+, c'est plus structuré.

10. À retenir avant le chapitre suivant

  • Le registre est obligatoire pour les systèmes haut risque, fortement recommandé pour les autres
  • 12 champs essentiels minimum, 16 si haut risque
  • Format : Excel suffit pour 80 % des PME, Notion/Airtable pour les mieux organisées, n8n auto-hébergé pour la génération automatique
  • Croiser avec le registre RGPD sans les fusionner
  • Routine : ajout 7 jours par nouveau système, revue trimestrielle 15 min, revue annuelle 1h
  • Total maintenance : ~2h par an pour une PME standard

Au chapitre 7 (la page pilier), on découvre comment n8n auto-hébergé sur un serveur français peut simplifier 80 % de vos obligations IA Act : registre auto-généré, traçabilité native, données qui ne quittent pas l'Europe, conformité RGPD intégrée. C'est l'architecture souveraine qui change tout pour les PME.

QUESTIONS FRÉQUENTES

Sur le registre.

Si je n'ai aucun système haut risque, le registre est-il vraiment nécessaire ?

Pas obligatoire au sens strict du règlement, mais fortement recommandé. Trois raisons : (1) en cas de contrôle CNIL même sur du risque limité, on vous demandera la liste de vos usages IA. (2) Vos clients B2B vous le demanderont dans les appels d'offres dès 2026. (3) C'est un outil de pilotage interne précieux, indépendamment de la conformité. L'effort de mise en place est faible (1 heure pour la version initiale).

Comment recenser les usages IA de mes équipes sans surveillance excessive ?

L'approche bienveillante fonctionne mieux que la surveillance. Demandez à chaque collaborateur de remplir un mini-formulaire (5 questions) en équipe : quels outils IA utilises-tu, pour quoi, avec quelles données, depuis quand. Présentez ça comme "on prépare la conformité IA Act ensemble", pas comme un audit. Vous obtenez une vue exhaustive en 1 réunion d'équipe.

Faut-il faire un registre pour les outils IA personnels que les salariés utilisent en plus ?

Oui, dès que ces outils sont utilisés pour le travail, même si payés à titre personnel. Si un commercial utilise sa licence ChatGPT Plus perso pour rédiger des emails à des clients de l'entreprise, c'est l'entreprise qui est déployeuse au sens du règlement. C'est une bonne raison de fournir des accès professionnels (et de les centraliser dans le registre).

Quelle est la différence entre le registre et la "fiche système d'information" du fournisseur ?

Deux documents complémentaires. La fiche système d'information (article 13 du règlement) est produite par le fournisseur (OpenAI, Anthropic, votre SaaS). Elle décrit techniquement le système. Vous, en tant que déployeur, vous devez la conserver (référencée dans votre registre, colonne 11) et l'utiliser pour informer vos collaborateurs et les personnes concernées.

Mon DPO me dit qu'on peut tout intégrer au registre RGPD pour simplifier ?

C'est défendable mais pas idéal. Le risque : un DPO qui mélange les deux logiques peut perdre de la finesse sur l'un ou l'autre. La bonne approche est deux registres distincts mais référencés croisés. Une colonne "Lien IA Act" dans le registre RGPD et une colonne "Lien RGPD" dans le registre IA Act. Les deux pesent moins de 200 lignes pour la majorité des PME.

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Conformité pragmatique avec n8n auto-hébergé

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